La hauteur du sanglier c'est la perspective qu'il faut emprunter lorsque l'on suit les traces des mammifères sauvages dans la campagne : dans la végétation dense notre corps de bipède devient inadapté. Il faut se baisser, affronter les branchages et les épines, adopter une autre silhouette.

En pistant les animaux on se projette dans un autre corps, une autre perception du territoire, et on accède progressivement à l'envers du paysage : un monde habité, imprévisible, qui se cache dans les interstices sauvages, et que l'on trouve en pénétrant les plis d'un territoire trop longtemps contemplé comme un tableau lisse, une toile peinte décorant, à l'arrière plan, nos aventures humaines.

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« L’invasion récente du sanglier dans les campagnes est un phénomène massif, non maîtrisé, qui constitue un étonnant pendant à la disparition de la petite faune. (...) Pour analyser l’essor de l’espèce à travers la France, il faut prendre en compte les connexions inextricables entre hénomènes sociaux, politiques, et écologiques. Si l’intrusion du sanglier est vécue avec amertume par les agriculteurs, ce n’est pas seulement du fait des dommages aux cultures, mais aussi parce qu’il offre l’image vivante de la déprise agricole et des défaites du monde paysan. (...) Il symbolise a désertification des hameaux et le délitement général des communautés rurales. »

Charles Stépanoff, dans L’animal et la mort. Chasses, modernité et crise du sauvage (La Découverte, Paris, 2021).


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Ce projet est accueilli en résidence en 2022.
La Villa la Brugère, à Arromanches-les-Bains.
>Aux Fours à chaux du Rey, à Regnéville-sur-Mer, avec le soutien du conseil départemental de la Manche.

Première diffusion prévue début 2023.